
Le fil est pour moi une ligne souple, aérienne, mobile et tactile. Le lin, en particulier, forme un trait à l’épaisseur inconstante et aux courbes changeantes qui me rappelle celui de l’écriture manuscrite.
L’épingle, au départ outil de fabrication, est devenue mon outil d’accrochage, puis progressivement élément de ponctuation qui rythme l’écriture du fil. Elle est précise, discrète et légère, mais pas tout à fait inoffensive, j’en fais régulièrement l’expérience.
Mon processus de fabrication est un jeu continu de répétition et de variation. Mes œuvres récentes donnent à voir une obsession des gestes et de leur maîtrise, qui s’étire dans le temps, ainsi qu’une recherche de mesure et d’économie de moyens.
Cependant, une fois la matière accrochée, soumise au lois de la tension et de la pesanteur, donnée à la lumière, je perds le contrôle sur elle. Elle réagit encore, cette fois hors de mes doigts, me ramenant à un présent où je ne fais plus, mais regarde.
Mes œuvres dialoguent avec le vide qui les entoure, ou plutôt avec le blanc du mur qui les soutient et accueille leur ombre. L’introduction récente de fil blanc dans quelques-unes d’entre elles sème le trouble.